Belati : le couteau suisse open source de l'OSINT pour cartographier un domaine
Belati, ou l'art de tout savoir sur un domaine sans jamais forcer une porte
Imaginez que vous deviez dresser le portrait complet d'une organisation à partir de son seul nom de domaine. Ses sous-domaines oubliés, les adresses e-mail qui traînent dans un coin du web, les documents PDF publiés sans que personne n'ait pensé à nettoyer leurs métadonnées, les dépôts Git laissés accessibles par mégarde... Tout cela existe déjà, quelque part, en accès libre. Le vrai travail, ce n'est pas de le voler, c'est de le rassembler. Et c'est exactement là qu'intervient Belati.
Belati, c'est un outil open source d'OSINT (Open Source Intelligence, autrement dit le renseignement à partir de sources ouvertes) qui se présente lui-même comme « le couteau suisse traditionnel de l'OSINT ». Développé par Aan Wahyu et publié sous licence GPL v2, il a une ambition simple mais redoutablement pratique : réunir dans un seul et même framework toutes les petites tâches de reconnaissance que l'on effectue habituellement à la main, une par une, avec dix outils différents. Vous lui donnez un domaine, il se charge du reste.

Logo de Belati - Crédit photo : © Github.com
Concrètement, qu'est-ce que ça fait ?
Le principe de Belati tient en une phrase : collecter des données et des documents publics à propos d'un site web et de ses services associés, à des fins de renseignement. Là où c'est intéressant, c'est qu'il ne se contente pas d'une seule technique. Il empile les angles d'attaque, ce qui vous donne une vue à 360 degrés de votre cible.
Vous lancez une reconnaissance et Belati va, entre autres, interroger les bases whois (avec un support particulier des extensions indonésiennes), récupérer les bannières des services exposés (banner grabbing), énumérer les sous-domaines puis scanner les services qui tournent derrière chacune de ces machines. Il cartographie le DNS, tente les transferts de zone, et passe le site au crible pour identifier les technologies utilisées via un support de type Wappalyzer.
La chasse aux e-mails et aux documents
C'est probablement le volet le plus parlant. Belati moissonne les adresses e-mail depuis le site web lui-même, depuis les moteurs de recherche, et va même piocher dans le serveur de clés PGP publiques du MIT. Dans la foulée, il part récupérer les documents publics associés au domaine à travers les moteurs de recherche : les fameux PDF, fichiers bureautiques et autres présentations qui dorment sur un serveur.
Et surtout, il ne s'arrête pas au téléchargement. Belati extrait les métadonnées et les données EXIF de ces documents, y compris le nom de l'auteur. Or ces informations sont une mine d'or : elles révèlent souvent des noms d'utilisateurs internes, des versions de logiciels, des chemins de fichiers ou des noms de serveurs. Autant d'indices qui, mis bout à bout, dessinent l'infrastructure et l'organigramme d'une entreprise.
Les petits oublis qui font les grosses fuites
Belati sait aussi débusquer ce que l'on préférerait garder discret. Il recherche les dépôts Git et SVN publics exposés sur un domaine ou ses sous-domaines, scrute les fichiers robots.txt (qui, ironie du sort, listent souvent les répertoires que l'on voulait cacher), et tente de rassembler les informations publiques sur l'entreprise et ses employés. Pour un défenseur, c'est une check-list en or de tout ce qui devrait être verrouillé.
Pourquoi il vaut le coup d'œil
Le premier atout de Belati, c'est la centralisation. Au lieu de jongler entre un outil pour le whois, un autre pour les sous-domaines, un troisième pour les métadonnées, vous pilotez l'ensemble depuis un shell interactif en ligne de commande. Un assistant de configuration (setup wizard) vous aide même à préparer l'outil, et un vérificateur de dépendances automatique s'assure que tout est en place avant de démarrer.
Deuxième bon point : la discrétion et la robustesse. Belati embarque un système de user agents aléatoires et factices pour éviter de se faire bloquer, ainsi qu'un support des proxys pour le moissonnage des e-mails et des documents. C'est le genre de détail qui distingue un outil bricolé d'un outil pensé pour tenir la distance sur une vraie campagne de reconnaissance.
Troisième atout, et non des moindres pour qui aime les investigations structurées : Belati stocke ses résultats dans une base de données SQLite3. Vos trouvailles ne partent pas en fumée à la fin du scan, elles sont organisées et réutilisables. L'outil propose même une interface de gestion web basée sur Django, un mode « serveur web seul », un système de mise à jour automatique, et une visualisation sous forme de graphe était en chantier. Bref, il ne s'agit pas d'un simple script, mais d'un véritable petit framework.
L'intérêt de Belati n'est pas de « pirater » quoi que ce soit : il ne fait qu'agréger, intelligemment et rapidement, des informations déjà publiques. Sa vraie valeur est de vous montrer ce que n'importe qui peut apprendre sur vous.
Comment on met la main dessus
Belati tourne sur les distributions Linux classiques (Ubuntu, Debian, Arch, CentOS) ainsi que sur macOS. Côté dépendances système, il s'appuie sur des grands classiques comme nmap, git, sqlite3 et exiftool, plus une série de bibliothèques Python. L'installation se résume à cloner le dépôt, mettre à jour les sous-modules, installer les dépendances puis le lancer, généralement avec les privilèges root pour laisser nmap travailler correctement. Une image Docker est également disponible pour ceux qui préfèrent l'isolation.
Une précision honnête s'impose : le projet a été archivé en 2024 et reste sur une base Python 2.7, désormais obsolète. Ne l'attendez donc pas comme un logiciel maintenu au quotidien. Mais en tant qu'illustration pédagogique de ce qu'est réellement une reconnaissance OSINT — et en tant que source d'inspiration sur les angles à couvrir — il conserve toute sa pertinence.
La vraie leçon à retenir
Au fond, Belati est un excellent révélateur. Il matérialise, en quelques commandes, l'ampleur de la surface d'exposition d'une organisation : sous-domaines fantômes, adresses e-mail dispersées, documents bavards, dépôts oubliés. Pour un attaquant, c'est un point de départ. Pour vous, responsable d'un site ou d'un système d'information, c'est surtout un formidable outil d'audit : passez votre propre domaine à la moulinette, et vous verrez exactement ce que le monde extérieur peut collecter à votre sujet. La meilleure défense commence toujours par se regarder avec les yeux de l'adversaire.
Avertissement
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